[HAPPY STORY] #3 L'usine à crétins

[HAPPY STORY] #3 L'usine à crétins

29-03-2019

Pour nous suivre :

- Hugo, tu te fous de moi ! J’ai envie de t’étriper ! Qu’est-ce que tu branlais à ce Père-Cent !
- Mais Papa…

- Il n’y a pas de Mais Papa, tu me gonfles… tu nous gonfles ! On est venu s’installer dans la région plutôt qu’à Barcelone en grande partie pour vous. Comme ça, vous avez une vie super tranquille ici. C’est un super sas d’adaptation après la Nouvelle-Calédonie.

- Papa, je te jure que je n’ai rien fait !

- Ah bon, et personne ne t’as attrapé dans l’enceinte du lycée a balancer des oeufs sur le bâtiment ?

- Je n’avais qu’un oeuf et j’ai été assez bête pour me faire prendre alors que tous mes copains sont partis en courant. Tu as lu de quoi je suis accusé et en plus le lycée a porté plainte contre moi !

- Quoi ?

- Oui, j’ai entendu que la police devait nous contacter pour une audition.

- Ma chérie, t’es au courant de cette histoire ? C’est quoi ce délire ? 

- Ben non, je suis comme toi. Je ne comprends pas bien ce qu’il se passe.

- Hugo, tu sais que si tu mens…et ça tient aussi pour ton frère, au fait il est où Tom ? 

- Au rugby

- OK. On lui racontera tout ça plus tard. Espérons qu’il n’y aura pas de représailles contre lui lorsqu’il sera au lycée l’année prochaine… Je disais, tant que tu nous dis toute la vérité, on te soutiendra. Si tu mens et qu’on l’apprend pendant qu’on te défend, on te lâchera. Avec Maman, on te croit et on va t’aider. 

- Merci Papa et Maman…Je n’en reviens pas. Vous ne me ferez plus jamais confiance…

- Hugo, qu’est-ce que tu racontes ?


Tout en voulant comprendre les moindres détails de l’implication d’Hugo pendant cette célébration des 100 jours avant le bac qui dégénère d’année en année, je n’arrêtais pas de penser à Josh. Il m’avait confié son bonheur d’avoir décidé de rejoindre le plus vite possible le monde du surf. Il ne savait pas à quoi s’attendre mais Il n’aurait pas pu continuer trop longtemps ses études. Il avait déjà réalisé à l’époque quel monstre froid pouvait être cette Education Nationale. Josh était ultra doué en sport. C’est bien simple, au collège, il impressionnait tout le monde peu importe le sport qu’il pratiquait. Un jour de grand vent, alors que le prof s’éloignait et se préparait à mesurer la trace du javelot de Josh, alors que les autres élèves lui criaient de s’éloigner encore et encore, il eu la frousse de sa vie. Il entendit le javelot de Josh sifflait comme une flêche, à peine le temps de s’écarter qu’il venait de se planter entre ses pieds et au passage transperça sa veste !.

Au volley, quand Josh smashait, il donnait l’impression de pouvoir passer de l’autre côté du filet tellement il sautait haut. Ou encore en triple saut ou saut en longueur. Il battait régulièrement les records du collège et ses propres records...qui tiendraient encore malgré les années. 


Josh tenait de son père. Le père de Josh tapait fort. Il était costaud. Super costaud. Il avait eu un début de carrière dans le rugby qui s’était arrêté net au même instant que son genou droit avait lâché pour la énième fois. Et puis un KO. 

La puissance des coups qu’il portait à Josh transpirait la colère qu’il avait en lui. Derrière sa nonchalance, il cachait cette rage de ne pas avoir tenu ne serait-ce qu’une fois le bouclier de Brennus. Ses potes d’enfance s’amusaient à le chambrer lors d’interminables repas qui n’en finissaient jamais de refaire l’histoire. 

Il n’avait pas porté le maillot national non plus et n’avait pas eu l’occasion d’en ramener un chez lui. Ce maillot qui cachait à peine les marques des combats avec l’équipe adverse taché de sang, le sien ou celui des autres. C’était toujours la même rengaine, quelques bières (beaucoup de bières) et le sujet revenait toujours à ce foutu match :


- Tu étais le meilleur d’entre nous ! Tu nous a tellement manqués  les autres matches !

- Arrêtez les gars. C’est la vie, c’est comme ça. 

- T’imagines si tu avais continué avec nous ?

- J’imagine rien. Je vous ai vus à la télé. J’avais tellement envie de jouer avec vous que je voulais la casser cette putain de télosh ! 


Josh savait que son père en avait vraiment cassé et même plusieurs. Même s’il n’était qu’ado, Il s’en souvenait. Il se rappelait observer son père. Il scrutait en même temps les cartons de bières et savait estimer avec une facilité déconcertante s’il allait devoir plier une nouvelle fois sous les coups. De véritables coups de massue. A plusieurs reprises, Josh avait été surpris de voir son père s’écrouler sur le canapé juste après avoir raccompagné ses super potes alors qu’il pensait en découdre une nouvelle fois. Il l’entendait rire. Il était le champion pour ça. Des éclats de rire devant la maison avec ses potes du rugby et des éclats de haine contre Josh juste après. Mais pas à chaque fois. Bizarrement, cela interrogeait Josh qui voulait comprendre les mécanismes qui pouvaient déclencher autant de haine envers son fils unique. Que son fils unique. Il n’aurait jamais lever un sourcil devant sa femme, la maman de Josh. Elle n’était pas frêle. C’était une ancienne athlète de haut niveau en natation et elle avait la carrure de celle qui avait enchaîné les bassins. Il pouvait hausser le ton mais se reprenait très vite car l’amour qu’il lui portait le ramener immédiatement à la raison. 


A peine âge de 16 ans, Josh parti au pôle Surf à Biarritz sur la côte basque. C’est seulement avec le recul et en côtoyant d’autres internes qu’il comprit que s’éloigner de son père avait été une bénédiction. Sa mère lui manquait mais il savait qu’elle n’était pas en danger. Comment savoir que ce que Josh vivait n’était pas la normalité ? Il n’en parlait jamais à ses copains, son père était super apprécié et il s’était habitué à gérer ses débordements de haine. En plus, Josh comprenait le ressentiment que son père avait en lui et que l’alcool libérait occasionnellement. A part ces moments pénibles pour tout le monde, la vie en famille était plutôt agréable avant son départ. Pas beaucoup d’argent mais à quoi bon ? 


Demi-journée à l’eau, demi-journée en classe, demi journée sur sa planche, demi-journée à plancher…Que du bonheur ! Josh n’en revenait pas. Il devait rêver. Il savait qu’il devait encore progresser s’il voulait un jour devenir pro, trouver un sponsor et peut-être vivre de sa passion. C’était sans compter sur une nouvelle directive de l’éducation nationale qui interdisait à tout élève de participer à une compétition s’il n’avait pas une moyenne générale au-dessus de 12. Le tout avec des appréciations confirmant le bon comportement de l’élève.

Josh estimait injuste de cumuler les 2 conditions et en parlaient régulièrement avec ses responsables :


- Je me sens plus surfeur qu’étudiant. C’est bien pour ça que j’ai opté pour ce cursus. Mon objectif est de devenir surfeur pro. Ce n’est pas de travailler chez un fabricant de planches ou de combi

- Josh, on le sait tout ça mais tu sais que c’est. Ils sont à Paris. Tout est centralisé là-bas et quand on leur pose des questions, on sent très bien que pour eux, on est des bouseux.

- Ok mais ils ont bien créé cette filière donc…

- donc ils ont remplis une case dans leur compte-rendu. Cela va leur rapporter un bon point pour leur retraite ! Ils ne savent même pas que tu existes. Avec tes camarades, tu correspond à une ligne de dépenses dans un budget.

- J’hallucine ! Il faut vraiment que j’arrive à faire ces compét ! Je suis juste dans mes notes et je sais que je la ramène trop en classe. Comment je vais faire ?

- Josh, il faut que tu te poses, que tu te calmes et que tu te comportes en adulte. En plus, c’est quoi ce délire de vivre du surf. Réveille toi. Il n’y a personne qui y arrive pour le moment. En plus, le surf a une réputation de hippies ! Tu imagines à Paris ?

- Mais je n’ai pas envie de me poser, de me calmer et de me comporter en adulte. Les adultes ont peur et ne rêvent plus. J’ai une telle patate en moi. Pourquoi devrais-je tout changer pour faire plaisir à ce monde d’adultes qui ne me plait pas mais alors pas du tout?!


Josh avait finalement décidé de participer à une compétition à Hossegor. Il était le plus jeune et s’était fait repéré. Il ne s’attendait pas à autant de curiosité, d’intérêt, d’encouragements à poursuivre dans cette voie. Quel contraste avec le courrier en recommandé qu’il avait reçu chez lui pour une convocation en conseil de discipline. Il s’attendait à un avertissement au pire un blâme avec des travaux d’intérêt généraux. Il fut exclu définitivement. Ses parents n’en revenaient pas mais son père se plia à la décision de l’institution et interdit à Josh de remettre les pieds à la maison. La nouvelle vie de Josh commençait…



25 ans après, avec Hugo, je réalise que rien n’a changé et même plutôt empiré. Les conseils d’orientation étaient inexistants à notre époque. Ils sont toujours ridiculeusement affligeants aujourd’hui. La machine à broyer, à uniformiser, à élaguer marche toujours formidablement bien. L’école a été inventé pour formater des ouvriers à écouter les ordres des contremaîtres dans les usines. Les usines n’existent quasiment plus et les ouvriers seront un jour remplacés par des robots. Quelle école prépare nos enfants à cela ?


PS : Difficile de résister et de ne pas partager la super conférence aux 16 millions de vues de Ken Robinson "L'école tue la créativité"








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