[HAPPY STORY] #7 Même Les Dieux vieillissent !

[HAPPY STORY] #7 Même Les Dieux vieillissent !

24-04-2019

Pour nous suivre :

Hiro avait atteint, en théorie, la moitié de son existence. Crise de la quarantaine ? Bilan d’étape ? Ces concepts qu’il survolait dans les magazines chez son barber ne le concernaient pas. Pas lui. Régulièrement, le matin devant le miroir, il se répétait mécaniquement :

- Je suis à la tête d’une société qui me rapporte suffisamment pour ne pas regarder les prix. J’ai un appartement qui vaut largement 100 millions pacifiques (soit 800 000 Euros). J’ai réalisé des investissements immobiliers qui devraient me permettre d’être à la retraite à la cinquantaine…Je suis le King de Nouméa ! 


La plupart du temps, il s’arrêtait là. Il n’aimait pas cette petite voix qui lui disait en même temps : « Super mais tu vis seul dans ton appart, tu n’as pas d’amis et aucune gonzesse n’est suffisamment sexy, classe et intelligente pour toi. Si tu continues comme ça, tu finiras seul »


Malgré son caractère de merde qu’il attribuait à son enfance et à la trahison de son père, Hiro sentait bien qu’il devait changer quelque chose en lui. Cette colère le bouffait à petit feu. Il avait beau se comporter comme s’il la dominait, au boulot, elle explosait toujours au moment où personne ne s’y attendait vraiment. 


Mais ce n’était pas le pire. Lorsqu’il se couchait, s’il n’était pas exténué par une journée à régler tous les problèmes et qu’il ne s’écroulait pas, il tournait pendant des heures à ruminer « Et lui qui m’a coupé la route…Putain, il m’a coupé la route à moi. J’aurais dû le poursuivre et lui péter la gueule à ce connard ! Ils roulent tous à 2 à l’heure ces feignants alors que j’ai tellement de trucs à gérer. J’arrive enfin à l’entreprise, ils sont tous affalés à attendre qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Putain, c’est pas vrai, je leur dis toujours la même chose, ils devraient s’en rappeler maintenant ! Ils me gonflent. Quelle bande de dégénérés ! Je vais supporter ça encore combien de temps ? »


Il ne voyait pas ses parents régulièrement. Il faut dire qu’à part lui demander à quel moment ils allaient jouer avec leurs petits-enfants et lui rappeler que l’horloge biologique tourne pour les femmes à cet âge là, les sujets de discussion étaient limités. Ils étaient partis vivre en brousse du côté de Poindimié. Cela faisait une sacré trotte depuis Nouméa. De toute façons, même s’ils avaient été à côté, ils ne les aurait pas vu plus que ça. Tellement de boulot et surtout que leur raconter ? Hiro avait une ambition folle. Eux étaient à la retraite depuis plusieurs années déjà. Le décalage était trop grand. Il ne voulait pas les perturber s’il évoquait devant eux sa réflexion de partir en Australie, en Nouvelle-Zélande ou même peut-être en métropole qu’il ne connaissait pas. Il y songeait depuis quelques mois mais il n’était rien dans ces pays là. Personne ne l’attendait. Et puis, il se demandait si ce nouveau départ lui apporterait ce qui lui manque pour de bon dans cette vie actuelle ? 


Nathalie était la seule qui supportait ses sauts d’humeur au bureau. Tout le monde était terrifié quand Hiro partait dans ses colères la plupart du temps injustifiées. En tous cas dans l’intensité. Elle, non. Plus maintenant. Elle percevait immédiatement le petit garçon qui se cachait dans ce corps de grand plutôt que ce patron sans coeur comme le reste de l’équipe le surnommait. Enfin pour les plus polis ou craintifs. Sinon la plupart rêvaient de partir de cette boîte et d’en profiter pour lui mettre une sacrée branlée à celui-là. Pour qui se prenait-il ? Mais les résultats étaient là et les actionnaires en redemandaient. Alors, impossible de déboulonner ce moitié de « Taipouet » ! 


- Hiro, je peux vous déranger ?

- Oui, oui, entre, assied toi Nathalie

- J’ai retrouvé votre dossier, j’ai contacté le fournisseur, il m’a indiqué le nouveau délai et j’ai prévenu le client. Il est monté sur ses grands chevaux au début mais je lui ai rappelé qu’on avait encore de la marchandise à lui dans notre entrepôt. Du coup, il est redescendu et cela lui va comme ça. il passera se réapprovisionner dans la journée et il pourra attendre le prochain arrivage.

- Un truc de moins à m’occuper. Surtout avec ce gros client. Les autres, ils ne pourraient pas tous être comme toi ? Plutôt que de m’apporter les problèmes l’un après l’autre à régler ?

- Il faut dire que vous les reprenez systématiquement même lorsqu’ils ont fait preuve d’initiative. Du coup, ils ne savent plus quoi faire pour vous satisfaire. Et puis, vous vous ennuieriez si c’était le cas…

- Tu plaisantes Nathalie ?

Ben oui…

- J’ai compris…Tu voudrais pas me tutoyer ? 

- Cela va être difficile mais je veux bien essayer

- OK. Cela te dirait de manger un bout avec moi tout à l’heure ?

- Il me semble que vous avez…tu as….un déjeuner d’affaires

- Encore ? Annule stp et on mange ensemble, ok ?

- J’appelle tout de suite. 

Nathalie ne savait pas trop à quoi s’attendre. Hiro avait une réputation de chaud lapin même si elle l’avait rarement vu à Nouméa aux bras de quelqu’un. Dans cette capitale, les nouvelles vont vite. Elle aurait su s’il enchaînait les conquêtes. Même si quelque chose l’attirait en lui, elle avait accepté l’invitation de la part de son boss. Elle ne pensait pas du tout à un plan cul ou quelque chose de plus fort. Elle n’allait pas être déçue !  


- Nathalie, tu peux t’occuper du mioche n°1. Il pleure et je dois repartir au bureau.
- Oui, oui…j’arrive !

Tout s’était enchainé très vite. Au resto, Hiro était beau, rigolo et plus finaud qu’elle n’imaginait. Après avoir tourné autour du pot quelques semaines, elle ne put s’empêcher de lui donnait les clés de son studio…et rapidement deux magnifiques garçons. 


Elle pensait que cela comblerait le vide en lui et apaiserait ses colères et son diabète. Pendant quelques temps, cela a été le cas. Quel bonheur de le voir sourire au bureau comme il le faisait à la maison. Le voir plaisanter avec l’équipe et même quelque fois aller jusqu’à féliciter quelqu’un. En fait, c’était plutôt rare mais Nathalie l’aimait son Hiro. Alors forcément elle idéalisait son comportement. Difficile de dire ce qu’il ressentait vraiment pour elle. Avait-elle uniquement enfanter une progéniture qui ferait qu’il pouvait faire un super bras d’honneur à cette petite voix, son mental, qui le tourmentait depuis tant d' années. 

- Je ne finirai pas seul. J’ai une femme maintenant et deux enfants. En plus 2 garçons. Je les aime et je vais pouvoir leur apprendre tout ce que je sais. Putain de cerveau, putain de mental, laisse moi tranquille !   


Le téléphone sonne. C’est encore sa mère qui essaie de le joindre. Cela fait trois fois ce matin. Hiro décroche :


- Maman, je suis en réunion tu sais, je te rappelle au plus vite

- Mon Hiro, mon fils que j’aime plus que tout, ta soeur est morte

- Maman, calme toi, tu as bu quelque chose ? Arrête de pleurer, tu sais bien que je n’ai pas soeur. 

- Je te passe ton père…  



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