[HAPPY STORY] #6 L'île la plus proche de l'enfer

[HAPPY STORY] #6 L'île la plus proche de l'enfer

17-04-2019

Pour nous suivre :

Les Japonais l’appellent «L’île la plus proche du Paradis»


Hiro vivait un enfer. 

Herenui avait ravivé des moments très douloureux chez sa mère. Elle les avait pourtant emprisonnés dans une boîte et avait jeté la clé. Malgré tous ses efforts, les souvenirs remontaient à la surface. Des pensées qui jaillissaient à tout moment, violemment. A tel point qu’elle avait la sensation littéralement d’étouffer. Elle savait que son corps lui parlait. Elle devait l’écouter. Pour ne pas imploser. Tout en faisant bonne figure. La tête des mauvais jours était réservée pour le soir, après une bonne journée de boulot. 


Avant la Polynésie, elle avait eu des doutes. En rentrant de ses fameux séminaires « Team Building » d’entreprise, son homme était exténué, imbibé d’alcool et béat comme s’il avait vu la vierge !. Cela avait le don de l’énerver. Pourquoi ce n’était pas le cas avec elle. Elle avait cette sensation étrange d’absence à ce qu’il était ou faisait lorsqu’ils étaient ensemble. Cela pouvait sembler imperceptible. Pas pour cette ultra sensible. Quelquefois, elle se demandait quand même si elle ne perdait pas la boule. Se faisait-elle des films ? D’où venait ces pensées ? La jalousie ? Pas vraiment. Trop fière pour être jalouse !

Alors, une fois n’est pas coutume, elle lui demandait :


- Qu’est-ce que tu peux bien apprécier dans ces réunions d’entreprises ? Des orgies d’alcool et de sexe…
- Mais qu’est-ce que tu vas chercher là, ma chérie. Tu sais bien que l’alcool est un prétexte. La pression des objectifs, des résultats...C’est surtout très sympa de se retrouver dans un autre contexte avec toute l’équipe...

Tu me réponds toujours la même chose.

- Parce que c’est toujours la même chose...une fois par an. J’oubliais aussi le léchage de bottes.

- Je te vois bien gratter aux chambres de celles qui t’ont aguiché quelques heures auparavant. Elle imaginait une porte s’entre-ouvrir et lui s’engouffrait dans la chambre une bouteille de champagne à la main. Faire l’amour jusqu’à l’épuisement et se risquait à s’aventurer dans des scénarios qu’il n’osait plus avec elle. 

- Ma chérie…


Elle n’était pas du genre à faire un scandale. Elle l’aimait trop. Elle ne voulait pas le perdre. Malgré ses doutes, elle se trompait. « Son mec » comme elle se plaisait à l’appeler au début de leur mariage était sage. En tous cas de ce point de vue là. Il préférait se faire plaisir avec son imagination débordante et ses draps plutôt que de gâcher ce qu’il ressentait pour sa femme. Il appréciait ce jeu de séduction avec les collègues. Il n’était pourtant pas encore bruni par le soleil et le surf, ce qui le mettait encore plus en valeur mais sa côte était toujours aussi bonne :


- C’est pas ton mari qui te ferait danser comme ça, hein ?
- C’est sûr que la danse et lui, ça fait douze !

- Tu voudrais pas venir me montrer un pas de danse dans ma chambre que je vois de plus près comme t’es sexy…

- Arrêtes, tu sais aussi bien que moi qu’on en serait incapable.

- Je me demande quand même si je n’ai pas évolué sur le sujet…

- Je ne te crois pas !

- Et tu as bien raison !

- Elle a sacrément de la chance ta femme. Elle te laisse venir à ces séminaires sans rechigner, elle n’a pas peur ?

- Tu rigoles, elle sait bien qu’elle peut me faire confiance. 


Quelle merde ! 

Hiro aurait préféré ne rien entendre ce soir là. Cela aurait été plus facile pour lui.  Mettre sur le compte des fêtes arrosées entre amis, les bouteilles carrées* qu’il trouvait quelquefois dans les recoins du jardin. Derrière les bananiers alors qu’il coupait un magnifique régime qui croulait sous son poids. Au pied du tronc musclé d’un manguier. C’était facile aussi d’accuser un voisin d’avoir jeter une bouteille mais cela devenait trop répétitif. 

Lorsqu’il embrassait sa mère, il prêtait attention aux effluves qui lui chatouillaient le nez mais rien d’alarmant jusque là. Ses sauts d’humeur le décontenançaient. Elle, si câline avec lui, avare de bisous. Elle qui le protégeait dans toutes circonstances. Désormais, elle était distante, dans ses pensées. 

Il adorait refaire le monde avec elle. Plus maintenant. Elle critiquait les hommes, son père, qui ne la respectait pas. Qui ne la respectait plus.


Depuis tout petit, Hiro aimait l’atmosphère qui régnait avec ses parents. Peu importe l’endroit où ils vivaient, ils savaient reproduire cette lumière, cette odeur, choisir une maison qui leur ressemblait. Du haut de ses 20 piges, ce n’était plus le cas. Depuis leur arrivée sur le caillou, sa maman sombrait dans une sorte de nostalgie de la Polynésie…avant qu’elle n’apprenne pour Herenui. Elle avait bien réussi son coup celle-là avec son SMS. Alors tous les doutes qu’elle avait eu en France étaient-ils justifiés ? Elle ne supportait pas de rester sans réponse.

Son père trouvait toujours le moyen de s’échapper pour profiter du lagon, surfer lorsque les conditions le permettaient. 


Hiro voulait travailler maintenant qu’il avait décroché péniblement son diplôme de l’EGC . La plupart de ses potes de promo partaient en métropole ou en Australie pour poursuivre leurs études. Lui voulait bosser, partir de cette maison et créer son cocon à lui. Il voulait être indépendant grâce à son travail. Mais à quel job pouvait-il prétendre et surtout dans lequel trouverait-il un intérêt ? Il ne le savait pas vraiment. La seule chose qu’il savait c’est qu’il était le meilleur. Il allait leur montrer à tous : 


- C’est marrant ton prénom avec ta tête de métro !
- J’ai passé toute mon enfance en Polynésie…

- Ouais mais t’as vraiment une tête de métro…tu peux pas passer un peu de temps en mer pour faire plus du coin ? Tu sais, les clients, ils apprécient les locaux.

Je comprends mais les clients achètent une voiture ou le commercial ?

- Un peu des deux tu sais. On travaille énormément à la confiance ici.

- Arrêtez de me dire ici. Je ne suis pas un Zoreille ! J’ai toujours vécu dans les îles et je viens de passer 2 ans d’étude à Nouméa. Ce n’est pas comme si j’arrivais de Tontouta (l’aéroport) depuis ce matin.

- C’est bien Hiro, tu as du caractère ! Tu iras loin mais pas chez nous. Je n’ai pas envie que tu prennes le job d’un vrai local et que tu repartes je ne sais pas où dans quelques mois.


Un transitaire sur le port dont le capital était majoritairement détenu par une famille originaire de Polynésie lui donna sa chance. Il démarra au bas de l’échelle. Il démarcha tout Nouméa. Des épiceries chinoises pour lesquelles il fallait calculer le Prix de Revient de chaque article jusqu’aux concessionnaires auto dans l’espoir de facturer chaque véhicule qui débarquait de ces énormes bateaux. Il se passionna pour ce métier et gravit les échelons rapidement jusqu’à prendre la direction de la société à 30 ans. Il ne faisait confiance à personne. Il avait les yeux partout. Il soupçonnait tout le monde de vouloir piquer de la marchandise dans les entrepôts. Cette bande d’incapables ! 


Il aimait être à ce stade de la chaine logistique. Comme il était devenu le leader incontesté, énormément de marchandises passaient par lui. Il était au courant des prix de revient de tous ses clients. Lorsqu’il les croisait dans des repas et qu’il les entendait se plaindre alors qu’il avait en tête leur marge, il se pinçait les lèvres pour ne pas se marrer.

Cela aurait mission impossible sinon pour récupérer un client. Ils étaient tous convaincus que les infos n’étaient pas confidentielles. Pour Hiro, c’était inconcevable de divulguer une info aussi sensible. Celles et ceux de son équipe qu’il virait le plus violemment que ce soit des commerciaux, des déclarants en douane, des comptables…avaient pêché sur ce sujet. 

Hiro ne supportait pas ça. Il en venait quelquefois aux mains. Bizarrement, au regard de la violence de ses propos et de son comportement, ses confrères s’étonnaient qu’il ne finisse pas dans le port. Lui bombait le torse et n’attendait qu’une chose, qu’on vienne le chercher. Il n’avait peur de rien. Peut-être que d’une chose, finir sa vie seul.



* (Whisky Johnny Walker) 



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